Comment les politiques fiscales peuvent-elles intégrer et matérialiser les dynamiques de genre afin de corriger les inégalités entre hommes et femmes ? C’est la question à laquelle les étudiants en 3ᵉ année de journalisme de la 54ᵉ promotion du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) ont été appelés à réfléchir pendant les 5 derniers jours, lors de la formation sur la fiscalité sensible au genre qui s’est déroulée dans l’école de journalisme.
Au terme de la formation, l’expert fiscal Mouhamadou Sy,
qui a co-animé les échanges avec Chantal Ndami Tholozan et Diabou Bessane, tire
un bilan satisfaisant du déroulement de la session.
Selon lui, les objectifs de départ, qui visaient à la sensibilisation des futurs professionnels des médias pour une prise en charge scientifique des questions de genre appliquées à la fiscalité et au budget, ont été atteints.
Pour l’expert fiscal, le but final de cette formation est
de susciter la réflexion chez les étudiants afin qu’ils puissent s’approprier
la question dans leurs futures productions journalistiques.
« Au vu des échanges et des questions posées, nous
pouvons affirmer que les étudiants ont eu un aperçu beaucoup plus approfondi de
la question », explique le formateur.
Conscients de leur pouvoir d’influence sur les masses et
sur les décideurs publics, les porteurs du projet misent sur la capacité des
journalistes à placer les questions de fiscalité sensible au genre au centre du
débat public.
« Les médias ont un rôle important à jouer afin de déconstruire les stéréotypes, mais aussi pour attirer l’attention des pouvoirs publics afin de corriger les biais de genre dans le système fiscal », estime Chantal Ndami Tholozan.
Selon M. Sy, ces biais, qui sont des dispositions discriminatoires peuvant être
implicites ou explicites, méritent d’être révisés pour améliorer la
condition féminine.
Dans cette perspective, les formateurs ont montré que certains impôts sur le revenu, sur la consommation et sur le capital peuvent creuser les inégalités entre les hommes et les femmes. Il en est ainsi de l’application de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur des produits utilisés uniquement par les femmes, comme les serviettes hygiéniques.
Concrètement, cet impôt contribue à réduire le pouvoir
d’achat des femmes dans un pays où, selon le rapport du cinquième Recensement général de la Population et de l'Habitat (RGPH-5) réalisé par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) publié en 2024, la
précarité économique et la vulnérabilité touchent plus sévèrement les femmes
que les hommes.
Alors, pourquoi ne pas intégrer les serviettes hygiéniques dans la liste des produits de première nécessité exonérés de TVA ? Ou même réduire cette TVA, comme cela se fait en France par exemple ? Toutes ces interrogations ont été soulevées au cours des échanges.
En tant que bénéficiaire de la formation, Maimouna Varia Yague Diamé soutient que ces 5 derniers jours ont été riches en enseignements. « Je savais déjà qu’il y avait beaucoup de discriminations dans les codes qui nous régissent, comme le Code de la famille par exemple. Mais je n’aurais jamais cru que ces discriminations poursuivent les femmes jusque dans la fiscalité », affirme-t-elle.
Dans la même veine, son camarade Mamadou El Hadji Ly
soutient que cet atelier a permis de lever le voile sur beaucoup de concepts.
Selon lui, l’étude de la fiscalité sensible au genre et, de façon plus globale,
du budget sensible au genre, permet de peindre la réalité de la condition
féminine qui, a priori, semble rose, alors qu’elle est tout à fait
perfectible.
Dans son propos final, M. Sy exhorte les futurs journalistes à se baser sur les données sexospécifiques dans
l’analyse de l’impact des règles fiscales sur les dynamiques de genre.
Cet atelier de formation découle du partenariat entre le CESTI, Gender Equality in Taxation (GET) et Expertise France.
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