Il est 11h 35 minutes sur le téléphone de l’étudiante du Centre d’étude des sciences et techniques de l’information (Cesti) qui capte le défilé des branches touffues des arbres au rythme de la pirogue. Elle reste figée sur le spectacle des mangroves qui se pourchassent dans l’eau. Ce scénario est bien une illusion optique façonnée par le mouvement. Douces et chatouillantes, les mangroves dessinent une masse verte de pavés.
Le professeur d’Économie verte, M. Idrissa Sané, et ses étudiants en 3e année de journalisme, voguent au milieu de l’eau faisant mine d’ignorer la chaleur. Certains, bien assis sur les rebords des pirogues, d’autres fuyant les rayons du soleil. Professeur, étudiants et guide ont les yeux remplis de la verdure des mangroves et de la beauté du tableau pittoresque de la nature qui s’ouvre à eux. Que dire de l’air végétal et agréable qui taquine les narines au moment où l’eau douce et tiède du bolong donne l’envie de faire un bon plongeon estival !
Ce n’est pas le moment, même si nous sommes en début août. L’éco-guide, Mamadou Diom donne un cours magistral sur la protection de leur « or » précieux. « D’abord, il faut partir à la cueillette des propagules, faire ensuite une sélection des bonnes plantes pour le repiquage. Une journée est désignée où les hommes, les femmes et les enfants se regroupent pour reboiser ces petites mangroves », explique-t-il, debout sur une pirogue, les mains tendues vers les célèbres espèces de la zone : rhizophora et avicennia.
Le reboisement des mangroves s’effectue chaque mois d’août, d’après le guide. « À cette période de l’année, l’eau est saumâtre et plus favorable à l’enracinement des propagules, les petites mangroves » précise le guide. Il s’agit d’une séance de restauration ou de protection des mangroves. Le suivi est bien assuré par les éco-guides du bureau touristique de Mar-Lodj.
Interview avec Mamadou Diom
La présence des enfants, comme le souligne M. Diom, est un moyen de transmettre les enseignements sur la protection de l’environnement. La mobilisation de la population de Mar-lodj pour la restauration des mangroves est bien structurée à travers des associations telles que l’union locale, une association des femmes du village et Xoyor, celle des jeunes, très active dans le repiquage et le suivi des mangroves plantées.
« Xoyor est une prise de conscience personnelle et un engagement du jeune à protéger l’environnement. Un engagement face aux changements climatiques et à la disparition de certaines espèces halieutiques », définit Aïssatou Ba, vice-présidente de l’association. Elle traduit l’attachement de la population de Mar-lodj à la nature. Cet attachement est aussi mystique, car les esprits veillent aussi à la sauvegarde du cadre environnemental, un véritable legs pour toutes les biodiversités humaines et animales.
D’ailleurs, il existe des Pangol, sites spécifiquement dédiés aux esprits protecteurs, d’après un notable du village. « Il est interdit d’abattre la mangrove dans ses sites et de pratiquer la pêche à une certaine période de l’année, précisément avant la moisson » confie le sexagénaire.
Une « réserve naturelle »
Toutes ces stratégies de protection sont bien à la hauteur de la richesse qu’est la mangrove connue par ses capacités régénératives. Elle est déjà une « réserve naturelle » pour les scientifiques et les politiques environnementalistes, selon l’ingénieur forestier-environnemental, Pape Mawade Wade.
« La mangrove, c’est un refuge pour des espèces halieutiques mais aussi une zone d’unification et d’hibernation des oiseaux, et surtout c’est la zone de nurserie. Quand on parle de nurserie cela renvoie à la maternité. C’est-à-dire des ondes de ponte des poissons. Ces espèces sont mieux protégées dans les mangroves. Si l'on n’a pas la mangrove, on aura des conséquences sur la chaîne de production des poissons », explique M. Sané. Journaliste environnemental, il ajoute : « C’est aussi une zone où l’on développe une activité économique grâce aux fruits de mer et un atout pour le tourisme. C’est pourquoi les gens se battent pour préserver la mangrove ».
Des touristes à la découverte du baobabe sacré
Si Sabadola se vente de son or pur, Mar-Lodj se targue des vertus de sa mangrove, qui ouvre toutes les portes de la vie et du bonheur. « Nous travaillons dans la mangrove », témoigne gaiement Mariama Thior, rencontrée au marché touristique des femmes de Mar-Lodj où elle vend des objets d’art. Le tourisme est devenu une activité principale grâce à la beauté du paysage. Ce marché est une reconversion pour aider les femmes qui s’adonnent à la culture des huitres dans les mangroves.
Soucieuses de l’impact de leurs activités sur l’environnement et la biodiversité de la mangrove, la plupart des femmes ont choisi de faire une culture raisonnée tout en développant une alternative pour survivre. Au-delà des bienfaits environnementaux qu’elle procure à la population, elle rend rentable le tourisme et le commerce comme le souligne M. Diom. Mais « le taux de salinité a fait perdre à Mar-Lodj beaucoup de mangroves » s’inquiète Karime Fall Sall président des Aires marines protégées ( AMP) du Sénégal et président de l’association Agire de Fadiouth.
MaachaaALLAH Docteure Aida très bel article.
Laisser un commentaire
Les champs obligatoires sont indiqués avec *